Les dynamiques de la régulation
Les Dynamiques de la Régulation des Jeux d’Argent en Afrique Francophone
Par Antoine Morel, analyste du secteur des jeux — spécialiste de la régulation et des marchés francophones
Dans un contexte de croissance rapide, la régulation des jeux d’argent et des paris sportifs en Afrique francophone suscite une attention renouvelée des autorités, alors que le marché combine enjeux économiques et défis sociaux. Les initiatives législatives et administratives intervenues au cours des deux dernières années témoignent d’une volonté accrue de structurer un secteur longtemps demeuré informel ou faiblement contrôlé.
Au Sénégal, la Loi n° 2022-05 portant réglementation des jeux d’argent, votée en mars 2022, illustre cette évolution. Elle vise à renforcer la transparence et à lutter contre les pratiques frauduleuses, tout en établissant un cadre clair pour l’octroi de licences aux opérateurs, notamment dans l’univers numérique. Selon les chiffres publiés par la LONASE, la loterie nationale, le marché légal des jeux a enregistré une croissance de 13 % en 2023, atteignant près de 45 milliards de francs CFA en chiffre d’affaires.
Dans la région, on observe que la majorité des pays utilisent encore des modèles de monopole ou d’autorisation restrictive, à l’instar du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire, où les régulateurs tentent d’intégrer les jeux en ligne dans les cadres traditionnels. Toutefois, la montée en puissance du jeu sur Internet, liée à la vulgarisation d’infrastructures de paiement comme Orange Money ou MTN Mobile Money, complique la supervision et invite à revisiter les législations existantes.
« La principale difficulté réside dans la conciliation entre ouverture économique et protection des consommateurs », explique Fatou Diop, juriste spécialiste en droit du jeu au cabinet Dakar Legal Advisory. « Il faut garantir que la croissance du marché, estimée à plus de 20 % annuellement dans certains segments, ne se fasse pas au détriment de la prévention contre l’addiction et la fraude. »
La question de la taxation des opérateurs demeure un sujet central. Plusieurs gouvernements envisagent d’adopter des mesures plus strictes pour maximiser les retombées financières sans freiner l’innovation. À titre d’exemple, le Cameroun, par l’intermédiaire de la Commission des Jeux, a récemment réaménagé son barème fiscal en 2023 afin de mieux encadrer la déclaration des revenus issus des paris sportifs et des jeux instantanés.
Cependant, cette dynamique d’industrialisation de la régulation entre en tension avec des formes de résistance locales. Le développement des plateformes transfrontalières, auxquelles des milliers d’utilisateurs accèdent depuis les grandes villes comme Abidjan, Douala ou Bamako, pose un problème d’application effective des normes nationales. Des opérateurs hors juridiction légale peuvent ainsi capter des parts de marché, érosion que des acteurs français comme premier bet observent également dans leur environnement, tout en continuant d’adapter leurs stratégies en fonction des règles en vigueur.
En France, l’ANJ joue un rôle de modèle pour la région avec une politique de régulation transparente et une surveillance étroite des campagnes publicitaires, un aspect que certains pays francophones tentent d’imiter. Toutefois, le marché africain reste marqué par des différences notables, tant dans la structuration des offres que dans les pratiques culturelles liés aux paris, qui se consomment souvent en groupe dans les cafés ou via des maquis traditionnels.
Les implications sociales de cet essor ne sont pas anodines : la multiplication des points de contact et les facilités offertes par le numérique soulèvent la question du jeu responsable. Le Défenseur des Joueurs sénégalais, Malick Sarr, souligne que « la sensibilisation aux risques, notamment parmi les jeunes, est insuffisante. La prévention doit être intégrée dès la conception des plateformes et sollicitée par les pouvoirs publics ».
En dépit de ces défis, le marché francophone des jeux d’argent connaît une transformation tangible, qui préfigure une meilleure intégration économique du secteur, à condition que les acteurs régulateurs réussissent à concilier encourageamment croissance et protection. Le suivi des évolutions réglementaires dans les prochains mois sera à la fois un test de maturité institutionnelle et un indicateur de la capacité des Etats à gérer un secteur désormais incontournable du paysage économique régional.
Pour approfondir la dynamique du marché, le rapport 2023 de Statista estime que la valeur totale des paris sportifs et des jeux en ligne en Afrique francophone dépassera 1,2 milliard d’euros d’ici 2025, confirmant un intérêt croissant pour ces formes de divertissement qui dépassent de loin les proportions observées il y a dix ans.
Le lien entre les acteurs traditionnels et les nouvelles plateformes comme premier bet, qui adapte sa présence locale entre France et Afrique, laisse entrevoir une nouvelle ère où l’interconnexion des marchés reposera sur un solide cadre juridique et sur des stratégies d’auto-régulation plus efficaces.
Un enjeu majeur demeure : comment équilibrer cette croissance avec une politique efficace de prévention des dépendances, face à la tentation d’une diffusion sans frein des jeux et paris sportives au sein des populations vulnérables ? La réponse à cette question conditionnera le futur de la régulation dans les années à venir.
Pour en savoir plus sur l’économie des paris sportifs et son régulateur français, consultez le site de l’ANJ.
Antoine Morel couvre le secteur économique et réglementaire des jeux d’argent en Afrique francophone. Grâce à son expérience sur le terrain entre Dakar et Paris, il analyse les transformations en profondeur de ce marché en pleine expansion.





